L'Etat Sauvage

© Du Chien Dans Les Dents
© Nicole de Roux
© Du Chien Dans Les Dents
© Nicole de Roux
© Du Chien Dans Les Dents
© Du Chien Dans Les Dents

06.05.2014 > 18h30

Entrée libre et gratuite

«Dans le parc, là, devant moi, là, dans ce parc, là, les grands arbres, oui, les grands arbres là, là les grands arbres se battent, ils rivalisent. Ils se battent à pleins poumons, s'époumonent violemment, là, à pleins poumons.
Je vois les grands arbres se battre, ils respirent à pleins poumons, recrachent l'air que j'inspire, cet air que je crache à pleins poumons, qui m'oppresse, je manque d'air, de sang, d'air dans mon sang qui se bat comme un beau diable, à pleins poumons, je regarde mon sang battre,.,.,. J'ai besoin de ce sang, de cet air, que cet affrontement entre arbres cesse.»
Le Zaroff, Julien D’abrigeon.

ÇA COMMENCERAIT PAR

un glissement de terrain... une brèche, une faille dans un trottoir. Une apparition brutale et sauvage. Un espace frontière comme la lisière d'une forêt, un seuil vers les zones profondes. Un trouble : à quel moment la fiction bascule-t-elle dans le réel ou même l'inverse ? Ça pourrait être un témoignage collectif. Quelque chose d'intime. Une parole rapportée d'un voyage, d'une expérience collective encore innommable. « On » imaginerait... Plonger dans les branchages inextricables. Du côté de la boue et des marais. Là où ça déborde, là où c'est encore chaotique. Là où quelque chose est encore hors contrôle, indompté, indomptable. « On » s'interrogerait sur les pulsions, sur ce qui se joue encore d'instinctif dans le monde des hommes civilisés. « On » étudierait les moeurs des insectes. « On » s'autoriserait à se perdre, à tomber dans un trou derrière un fourré, puis dans un autre encore plus profond et on essaierait d'en revenir en bricolant quelque chose de commun. Autour de l'état sauvage.

Avec
Laetitia Andrieu
Bergamote Claus
Thomas Groulade
Brice Lagenèbre
Anaïs Virlouvet

Ici, le « Glissement de terrain », opère aussi comme possibilité de construction dramaturgique. Glisser d’une réalité à une autre, d’un mode de récit à un autre, du présent réel à un imaginaire construit à cinq. Comme point de départ, nous nous appuyons sur la situation telle qu’elle est, à savoir cinq personnes réunies sur un plateau pour s’interroger, pour mettre en jeu leurs questionnements, ce quelque chose qui les réunit et qui est : Pourquoi ce besoin de parler du « sauvage », pourquoi aujourd’hui cette nécessité de revenir au vivant dans ce qu’il a de plus souterrain? Angoisse du citadin qui ne trouve plus son chemin, amusement du joueur qui veut « lâcher les chevaux », sensation que notre civilisation court droit au mur et tentative incertaine de rembobiner la cassette… ?
Avec ce nouveau projet, la compagnie se propose de poursuivre sa démarche de création collective. Cette fois, cinq interprètes seront du voyage, avec toujours cette volonté que le spectacle se construise de manière intuitive, au fil d’improvisations, recherches, écritures à venir. Nous mettons en chantier la question du « sauvage », en tant que non-domesticité en nous interrogeant sur le vivant, l’organique, l’instinctuel. Nous sommes mus par cette question : Qu’est-ce qui bouge en-dessous, qu’est-ce qui bouge sous la surface, en-deçà de notre construction sociale, en-deçà de notre volonté d’apparaître, en-deçà du pensable même.
Un acte, une parole, une transformation. Partons dans la forêt, entrons dans les sous-bois. Nous serons tout à la fois des individus, mais aussi alternativement, une entité sociale, une meute, un organisme vivant collectif.

La Compagnie Du CHien dans les dents est née de la nécessité de porter des projets singuliers, en marge des codes majoritaires. La compagnie bordelaise est auteure de ses projets dont l’écriture est toujours soumise au collectif et à l’épreuve du plateau. Elle emprunte au burlesque dont elle cherche une écriture plus acide et contemporaine, jouant d’un trouble entre les genres: dramatique / burlesque, présentation / représentation, témoignage / mystification…
Elle défend des propositions surréalistes dont la logique, plus poétique que rationnelle, peut échapper au profit d’un mystère : « c’est de la forme que surgit le sens et non l’inverse ». L’énergie que produit le jeu est au centre du travail de la compagnie. Le jeu n’est pas seulement ludique, il est du côté du décalage critique, de la transformation, c’est un mode de relation. C’est à travers l’ambiguïté du jeu qu’elle cherche à tisser une relation avec les spectateurs.