Au bord du Gouffre

© Peter Hujar
© David Wojnarowicz
© Christian Berthelot
© Christian Berthelot
© Christian Berthelot

04 & 05.04.2014 > 20h30

10 € tarif unique / 1h

"Le spectacle témoigne d’une plongée dans l’underground artistique new-yorkais des années 80, le début des années SIDA, dont mourra l’auteur en 1992 à l’âge de 38 ans. Epoque toujours proche et déjà lointaine. A travers ce texte, au-delà de la puissance poétique dont fait preuve Wojnarowicz pour parler de son univers, on saisit que cette période est déterminante pour comprendre la nôtre aujourd’hui, où la pensée pragmatique et matérialiste domine et dont découle l'impression d'une fausse liberté artistique. Wojnarowicz est un artiste total dans le sens où sa vie est mêlée à son œuvre et où son expression artistique épouse de nombreux supports. Même quand on choisit, comme c’est le cas ici, de clairement se centrer sur son travail littéraire on ne peut faire abstraction des autres œuvres (musicales, picturales, vidéo). Elles se nourrissent les unes les autres et tissent une oeuvre globale. Le spectacle a pour fil conducteur différents extraits d’Au bord du gouffre qui relatent principalement les souvenirs d’enfance et le parcours hors norme de cet artiste. Il est composé de différents tableaux plastiques, chorégraphiques et performatifs. Il ne s’agit pas d’une adaptation au sens narratif.
Je suis seul sur scène. Ce spectacle lui-même intitulé Au bord du gouffre – je l’ai voulu chaotique et intense, je l’espère, à la dimension de la puissance créatrice de Wojnarowicz. Afin de témoigner de la particularité de cete écriture, j’ai souhaité créer une œuvre vivante dont le processus est en évolution continue. Il s’agit ici d’une seconde version avec l’hypothèse qu’il puisse en exister encore d’autres."

Cédric Gourmelon

 

D’après Au bord du gouffre (Close to the knives) de David Wojnarowicz
Edition Le Serpent à plumes - Traduction de Laurence Viallet

Mise en scène & Jeu Cédric Gourmelon
Collaboration artistique Vincent Dissez, Nathalie Elain, Mathieu Lorry-Dupuy
Lumières Rodrigue Bernard
Régie générale et lumière Alice Gill-Kahn
Régie son Vincent Hursin
Administration et production Lena Le Tiec

Coproduction La Passerelle / Scène nationale de Saint-Brieuc ; Théâtre National de Bretagne / Rennes ; Réseau lilas
Avec le soutien de Spectacle vivant en Bretagne et du Programme "Hors les Murs" de l'Institut Français (résidence de Cédric Gourmelon à New York)

"D’abord il y a le Monde. Et il y a l’Autre Monde. C’est dans l’Autre Monde qu’il
m’arrive de perdre pied. Dans ses changements de calendriers, dans son
existence préfabriquée. Ses dédales tortueux dont je me lasse parfois lorsque
j’essaie de tenir bon, de m’adapter minute par minute : le monde des feux
rouges, des interdictions de fumer, le monde de la location, des clôtures qui
protègent des centaines d’hectares de nature sauvage et vierge des intrusions
humaines. Cet endroit où, parce que l’on est né avec des siècles de retard, on se
voit refuser l’accès à la terre ou à l’espace, la liberté de choix ou de
mouvement. Le monde acheté ; le monde possédé. Le monde des bruits
cryptés : le monde des mots, le monde des mensonges. Le monde vendu en kit ;
le monde de la vitesse industrielle. L’Autre Monde dans lequel je me suis
toujours senti étranger. Pourtant il y a le Monde où l’on peut s’adapter et
repousser les limites de l’Autre Monde grâce aux clés de l’imagination. Mais là
encore, l’imagination est cryptée par les informations fabriquées dans l’Autre
Monde. On s’arrête devant un feu qui passe au rouge et l’on vieillit subitement
de quelques siècles. Il paraît que l’Autre Monde est aux mains d’une autre
espèce d’hommes. Il faut avoir du recul ou prendre le temps pour découvrir
l’Autre Monde. Seul ce décalage permet de le mettre a nu pour la première fois
car il s’est insinué dans votre système sanguin comme un amant invisible. Petit
à petit il épouse la forme de vos cellules et vole leur énergie, il se tapit à
l’intérieur du corps jusqu’à ce qu’il en devienne le prolongement. Voyager et
découvrir des cultures primitives nous ouvre les yeux sur l’Autre Monde ; on
comprend qu’en inventant le mot « nature » nous avons divorcé avec le sol sur
lequel nous marchons. Quand j’étais petit je comprenais tout cela
intuitivement, de la même façon que l’on ressent une sourde peur sans pouvoir
l’identifier ou la différencier d’une table ou d’une tasse ou des cieux qui roulent
derrière les fenêtres.
"
Au bord du gouffre, extrait.

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